Au Sénégal, les réunions de famille du photographe
Malick Bodian
Quand ils questionnent leur identité, leurs origines, la
vision des photographes se colore de nostalgie, de
fantasme, d’étonnement… Devenu mannequin et photographe de
mode, Malick Bodian, qui a quitté le Sénégal à 13 ans,
revient tous les deux mois dans son pays natal pour voir
les siens. Malick Bodian avait 13 ans quand il a quitté le
Sénégal pour s’installer en Sardaigne avec sa mère. Trois
ans plus tard, tous deux partent faire leur vie en Corse.
Le jeune homme étudie, joue au foot, ne sait pas vraiment
quoi faire de sa vie, quand un magazine corse repère sur
une plage sa silhouette longiligne et son doux visage. Il
a 19 ans, le voilà propulsé dans une carrière de
mannequin. Départ pour Nice, où il signe pour une agence.
Puis Paris, où il s’installe. Et Londres, et toutes les
capitales d’Europe. Il n’a « jamais rêvé de la mode »,
mais il se prête avec facilité au jeu, se plie aux
caprices des photographes, observe l’air de rien leur
savoir-faire. Et, très vite, il ressent le désir de passer
de l’autre côté de la caméra. « Dès le début, j’ai aimé
photographier mes nombreux voyages, les paysages que je
traversais, mais c’est surtout pendant le confinement que
la photographie est devenue plus importante pour moi, nous
raconte d’une voix timide le jeune homme de 26 ans, depuis
le Kenya où il est en vacances. J’étais seul, je faisais
beaucoup d’autoportraits, et j’en ai profité pour
perfectionner ma technique. » Un autre désir se fait
bientôt ressentir, retourner dans son pays natal. Avant la
pandémie de Covid-19, il faisait le voyage tous les deux
ans ; depuis, c’est tous les deux mois qu’il revient aux
sources. « Je suis d’abord parti pour faire la
connaissance de ma grand-mère paternelle, âgée de 110 ans.
J’ai retrouvé mon chez-moi en la retrouvant elle. » La
voici sur une des images, robe ensoleillée, turban noir et
blanc sur la tête, le regard perdu dans le lointain. Comme
un touriste Depuis le petit village de Casamance qu’elle
n’a jamais quitté, il décide de sillonner tout le Sénégal,
« comme un touriste ». « J’ai compris que je ne
connaissais pas mon pays. Quand tu vis en Afrique de
l’Ouest, tout te pousse à l’exil. J’aime cette vie, mais
je trouvais cela triste de voyager partout sans connaître
ni le Sénégal ni les autres pays d’Afrique. »